Le poids transporté, facteur d’usure numéro un
Dans le Sentier, beaucoup de trottinettes servent à porter des colis, des rouleaux de tissu, des sacs lourds. Or la charge ne fait pas qu'augmenter la consommation : elle change tout le comportement mécanique de la machine. Les roulements travaillent sous une contrainte supérieure à celle prévue par le constructeur, la chambre à air se pince plus facilement au moindre choc de bordure, et surtout la distance de freinage s'allonge nettement. Un utilisateur qui charge régulièrement doit gonfler ses pneus vers le haut de la plage indiquée sur le flanc, et faire contrôler ses roulements deux fois par an plutôt qu'une.
Les passages couverts, un sol trompeur
Les galeries du 2e ont des sols en mosaïque, en marbre ou en carrelage ancien, souvent lustrés par deux siècles de passage. Sec, ce sol adhère correctement ; humide, il devient aussi glissant qu'une plaque de verglas, et cela sans aucun signe visible. À la sortie d'un passage, les roues mouillées gardent cette pellicule pendant plusieurs mètres sur le bitume. C'est un enchaînement qui surprend, et il vaut mieux ralentir avant d'entrer dans une galerie plutôt qu'au moment d'y freiner.
Les camionnettes en double file, et les portières
Le Sentier vit au rythme des livraisons : du petit matin à midi, les camionnettes s'arrêtent en double file devant les grossistes, et des rues déjà étroites se réduisent à un couloir. Pour une trottinette, le danger ne vient pas du véhicule arrêté mais de sa portière, qui s'ouvre sans prévenir, côté chaussée comme côté trottoir. À vingt-cinq kilomètres heure, on parcourt près de sept mètres par seconde : le temps de voir la portière bouger, elle est déjà devant la roue. La parade va à rebours du réflexe : passer à un mètre des véhicules arrêtés, quitte à prendre le milieu de la voie, plutôt que de les frôler. Dans des rues limitées à 30 km/h, comme presque partout à Paris depuis 2021, l'écart de vitesse avec les voitures qui suivent reste faible.
Le feuillard et le film plastique, pris dans la roue
Les palettes déchargées dans le quartier sont cerclées de feuillard, ces bandes de plastique dur, et emballées de film étirable. Une fois coupés, ces liens finissent dans le caniveau, et une roue qui passe dessus peut les entraîner. Sur une trottinette dont le moteur est logé dans la roue, le film s'enroule autour de l'axe, contre le flanc du moteur, et se resserre à chaque tour. Le premier signe est un léger frottement, ou un bruit de froissement à basse vitesse. Si l'on continue, le plastique chauffe et colle contre le flasque, là où un joint protège le moteur de l'eau et de la poussière. Dès qu'on aperçoit un lien enroulé, il faut s'arrêter et le retirer entièrement, en le coupant aux ciseaux plutôt qu'en tirant dessus, ce qui le resserrerait encore.
Réparer avant l’ouverture, devant la boutique
Beaucoup de demandes du 2e viennent de commerçants et de grossistes dont la trottinette sert pendant les heures d'ouverture, pour une course ou une livraison de dernière minute. L'immobiliser une journée coûte plus cher que la réparation elle-même. Nous intervenons devant la boutique, dans la cour ou dans la réserve quand l'accès le permet, entre 8 h et 21 h, et la plupart des réparations courantes se font sur place en moins d'une heure : crevaison, freins, câble ou plaquettes. Un créneau à l'ouverture, avant les premières livraisons, ou en fin de journée, au rideau baissé, évite de se passer de la machine. Si la panne demande l'atelier, la récupération et le retour sont offerts dans Paris.